Ce matin je me préparais une journée tranquille. Une en pyjama, à remettre un peu d’ordre dans ma vie, voir le fond du panier à linge sale aurait été souhaitable. Je disais ce matin à Jack que j’étais en forme, ce qui m’étonnais d’ailleurs compte tenu de mon week end rattrapage de sommeil raté because sonneries de téléphones trop tôt le matin et autres bobos. J’étais en forme donc, que je disais. Ben une chance.
11 hrs: Dring ! Dring! (ça c’est le téléphone qui sonne)… je reconnais pas le numéro sur l’afficheur. Pourtant, c’est le cellulaire de ma mère, doh.
-allo fifille ! On sort de l’hôpital là, ton père avait un tapis roulant, et là il se demandait si, ben si ce serait pas trop dérangeant pour toi, on passerait là, sur l’heure du dîner, voir la petite.
-ahehaha ben oui hein, pour une fois que vous êtes en ville hein. Pis s’ils ont laissé sortir papa, ça doit être qu’il est capable de se rendre ici hein.
-Mais là on veut pas te déranger, tu dois être ben fatiguée… on irait chercher un dîner pis on l’ammènerait
-Maman, laisse faire ça. Je vais vous faire à dîner, j’en faisais pour Puce de toute façon faque ça me dérangera pas. Venez vous en là.
Je pense que la distance entre l’hôpital et ici ne s’est jamais parcourue aussi vite qu’aujourd’hui. Ils sont arrivés avant Puce, alors Papi a pu aller l’attendre au coin de la rue, au grand plaisir de mademoiselle. Après le dîner, après que Papi eut été encore avec Puce attendre l’autobus jaune, on est allé dans les magasins. Ça fait plaisir à mon père que je lui montre tout pleins de routes à prendre qui lui évitent l’autoroute. Ma mère, tout le long du trajet, me parlait, de mon père, comme s’il n’était pas là. Ça m’amuse de les voir faire quand ils sont comme ça.
-Je te dis ton père à matin, ça y allait su’l tapis roulant. Il a été capable de le faire au complet. (…) On a assez travaillé fort hier, je le savais ben qu’il serait capable, il a de l’endurance ton père quand il veut. (…) Faque là, ton père, ses PSA sont à 38. L’oncologue dit que si ça retourne à 40 il va devoir avoir de la radiothérapie. Il est ben fatigué ton père ces temps-ci. (…) Mais je te dis qu’hier il m’a aidé toute la journée. Il est ben fort. (…)
Presque tout le trajet, aller-retour. Papa n’a pas dit un mot, parfois retenant un petit sourire, regardant le paysage et l’autoroute qu’il s’évitait. Je voulais dire tant de choses, j’y suis pas arrivée. Entre les indications routières et les silences qu’il me faisait plaisir de partager avec lui, j’ai pas dit, puis de toute façon, j’aurais pas eu de réponse.
-Papa… veux-tu ben me dire, de la radiothérapie sur quoi ? Ils te l’ont enlevé déjà la prostate !









Il y a les silences qu’on déguste, d’autres que c’est comme un manque de quelque chose qu’il serait bien de voir revenir en soi, parce que le temps… enfin, tu sais ça!
J’ai eu les larmes aux yeux en te lisant… Ma relation avec mon père est pleine de silences mais ce ne sont pas des silences dures à supporter… ils sont là parce que les mots ne sont pas suffisants et puis, mon père n’est pas de ceux qui sait bien utiliser les mots pour dire ce qu’il veut dire… alors j’ai appris à écouter ses silences…
Je suis contente d apprendre que ta journée a été pas pire pareil
Bof tu sais, mon père revenait de la table d’op pis il est allé m’installer un démarreur à distance. Petit diner au PFK, il pouvait pas s’asseoir. C’était mon dernier diner là en passant
Il m’a refait part un jour de sa peur de mourir. Quand je lui ai fait par de ma peur à moi de vivre.
Finallement, à la suite de tout ça, on s’est compris
Ma relation avec mon père ne fut qu’un long silence rempli d’amour. Ses petits mots affectueux, ses moqueries et son regard suffisaient à me transmettre son amour inconditionnel. Quoique… parfois, j’aurais aimé qu’il me parle. Parfois ce silence m’insécurisait un peu. Mais c’était comme ça, c’est tout.
La dernière fois qu’il est venu chez moi, il a tenté de parler… il a voulu me dire tout ce qu’il a retenu au fil des ans… j’ai “choké”… ça m’a fait peur… pas habituée à ça… je suis venue le coeur gros, et je n’ai pas pu supporter… j’ai prétexté le sommeil et suis partie dans ma chambre pleurer sur ma lâcheté. Pleurer sur la vie qui m’enlevait mon père à petit feu.
Qu’est-ce que je peux détester MON silence depuis ce temps là…
Je ne te connais pas, mes ce billet viens de me faire revivre de beaux moments. Ceux où mon père était encore là avec son sourire en coin et plein d’amour dans le regard. Et je t’envie un peu… non pas d’avoir encore ton père, mais d’être en mesure d’entendre toute l’affection contenue dans ces silences.
Merci
Ce matin, je suis allée chez Drew, qui parle de paternité, avec beaucoup de sincérité et d’amour… là je bascule chez toi, je tombe sur le côté “fille” qui regarde son père de loin… comme si les mots étaient inutiles… ou trop durs à dire… pas simple…
C’est plein de pudeur ce que tu décris…
Ca touche beaucoup…
Bisous
Sont fatiguants ces vieux avec le silence qu’ils laissent planer sur leur vie en général ou leur état de santé en particulier. Avant je n’insistais pas. Plus maintenant. Quand je sais que mon père ou ma mère ont subi des examens de routine ou autres je m’informe, j’insiste, je leur tire les vers du nez et je contre-vérifie en appelant une de mes soeurs. Leur espérance de vie diminue trop rapidement. Je pense aussi que leur acceptation ou non aux traitements dépendra peut-être de l’intérêt de leur enfant à leur santé. Mais ça , ça reste personnel à chacun.
bonne journée
Moi mon père n’en est qu’un demi et plus les années avancent moins je sens que je suis sa fille adoptive. Je ne crois pas que ça soit la faute de un plus que de l’autre, en même temps je me permets parfois de douter.
Reste que les silences d’un papa ne se remplace pas
Mercredie, moi aussi j’ai appris à écouter ses silences. Je dirais même que c’est lui qui m’a appris à en faire.
Jacynthe, oui, pas comme la tienne ! Ouch !
Drew, des fois ça prends des drôles de détours de la vie pour se comprendre.
Dame Lucrecia, c’est tout plein de mots ses silences. Je ne peux pas détester les siens j’en suis incapable, mais les miens, des fois, de plus en plus…
La Véro, pas inutiles, durs à dire oui, pas qu’ils sont pas sentis ni réfléchis, juste durs à dire.
Gaétan, je sais pas hein, d’ou ça leur vient cette manie. Je sais par contre que mon papa c’est un battant. C’est lui qui décide, sans attendre mon intérêt ou mon approbation. Je sais aussi que le jour où il en aura assez, aucunes de mes larmes ne le fera vouloir se battre. Ça je le sais parce que ça a été discuté, en d’autres mots, mais tout de même…
Mme Cornue, quand ce sont de bons silences, pas lourds de colère, oui, c’est “priceless”.
Très jolie histoire j’espère que ton papa ira mieux!!
[...] toujours pas eu de réponse à ma question; La radiothérapie pourquoi ? Il a eu le cancer de la prostate il y a maintenant 5 ans, il n’en a plus de prostate donc, [...]